Sortir de la dépression

Disclaimer : ceci est un récit personnel, un témoignage. Je ne détiens pas la vérité universelle, chaque histoire est unique, je me permets de raconter la mienne parce que ça permettra peut-être d’aider quelqu’un.

Pendant longtemps, il y a longtemps (au moins trois vies), j’étais une victime de la vie. Je passais mon temps à ressasser des évènements, mon mot préféré c’était « pourquoi ». Pourquoi mes collègues ils m’aiment pas et pourquoi c’est toujours à moi qu’il arrive des merdes et pourquoi je ne suis pas la priorité de mon mec et pourquoi pile au moment où je veux m’acheter un pain au chocolat comme par hasard il n’y en a plus ? Rien n’était jamais de ma faute, je n’avais soit-disant pas de chance (c’était faux, j’avais la santé, c’est-à-dire tout ce qu’il faut pour entreprendre le reste). Je n’avais aucune confiance en moi et j’avais à peu près peur de tout. Peur de refaire mon CV, peur d’aller à un entretien d’embauche, tellement peur que souvent je n’y allais pas, peur de faire ce que j’aime vraiment sous prétexte que je n’étais pas assez douée, peur d’être nulle, peur de décevoir mes parents, peur de perdre mes amis. Et j’adorais me plaindre, j’étais égocentrique, moi, moi, moi, je ne voyais que ce qui m’arrivait à moi, les autres, je savais qu’ils souffraient aussi mais MOI c’était pas pareil. J’avais le monopole de la souffrance, vous comprenez. Je répétais à qui voulait bien l’entendre que j’étais inadaptée à cette société, que ce n’était pas de ma faute si je ne pouvais pas me conformer.

Je suis toujours inadaptée à cette société, je ne veux pas de CDI, je ne veux pas de crédit sur vingt ans pour acheter un appartement, je ne veux pas être propriétaire, ça ne m’intéresse pas, je pourrais l’être mais vraiment non, je ne veux pas de mari et d’enfants non plus, ce qui fait rêver 90% (95 ?) des êtres humains ressemble à une prison pour moi, j’aurais l’impression d’asphyxier. Mais maintenant je sais que mon anticonformisme est une force, à l’époque, je voyais vraiment ça comme une malédiction. Ce qui a changé c’est mon regard sur la personne que je suis, j’ai appris à être bienveillante envers moi (et les autres !), j’ai appris à aimer cette personne étrange que je suis, hypersensible, impulsive, solitaire, qui se lasse très vite, qui a besoin d’aventure mais qui est casanière, qui pleure plus que la moyenne, qui s’émeut plus que la moyenne, qui doute un peu trop. Aujourd’hui je connais mes forces : je peux vivre seule et être heureuse, je n’ai pas besoin d’un homme dans ma vie, j’apprends vite, je suis résiliente, je suis déterminée et je suis prête à changer de vie dès que je ne me sens plus à ma place. Quand je doute, je me rappelle que c’est passager. Le doute c’est la peur qui se matérialise, elle peut pointer le bout de son nez mais je ne la laisse pas s’installer. C’est inutile d’avoir peur (sauf quand c’est un moteur pour se dépasser, bien entendu). On ne peut pas changer les événements, la seule chose qu’on peut changer c’est notre mentalité quand quelque chose nous arrive. Un exemple concret : avant si je me faisais virer (et c’est arrivé plein de fois parce que j’avais tellement peur de ne pas être parfaite dans mon taf que le stress me faisait faire des erreurs…), je pleurais, je hurlais « mais pourquoi ? », j’étais abattue pendant des jours, à ressasser ce que j’avais mal fait, je mettais des semaines avant de m’en remettre. Aujourd’hui, si je me fais virer, je pense « Ce n’était pas le bon poste pour moi, ça veut dire qu’il y a mieux qui m’attend, je me laisse deux jours de repos et j’envoie des CV à fond ». J’avais raison : il y avait mieux. Il ne faut jamais blâmer une contrariété.

C’est comme ça que je suis sortie de la dépression : j’ai arrêté de ne voir que ce qui m’arrivait à moi, je me suis ouverte aux autres, je les ai écoutés, j’ai arrêté de tout rapporter à moi en permanence. C’était confortable d’être une victime, confortable de rester dans mes peurs, confortable que rien ne soit jamais de ma faute. Je pensais que ça définissait la personne que j’étais, je pensais vraiment que je ne pourrais jamais être quelqu’un d’autre. J’avais tort. J’ai commencé à prendre mes responsabilités à 100% au lieu de me défiler, à admettre que si je m’étais fait virer, c’était probablement parce que j’avais fait des erreurs, que la prochaine fois, au lieu de faire n’importe quoi, je demanderais de l’aide à un collègue. Au lieu de me plaindre de ce mec qui en effet me faisait passer en numéro 5 ou 6 sur sa liste de priorités, je l’ai quitté, du jour au lendemain, en lui expliquant que je méritais mieux que son amour tiède (il m’a pourchassée pendant des semaines, j’étais devenue « la femme de sa vie »). S’il n’y avait plus de pain au chocolat, c’était l’occasion de prendre quelque chose d’autre, un croissant aux amandes (ohlala j’en ai envie maintenant, pourquoi j’ai écrit ça aaaaaaaaahhhhhhh). J’ai fait des trucs qui m’effrayaient pour me prouver que je pouvais y arriver, je suis partie seule à l’autre bout du monde avec un sac à dos sans aucun hôtel de réservé ni rien, je suis allée dans un bar et j’ai parlé à un mec au comptoir, j’ai déposé un CV dans des boîtes d’intérim en disant que j’étais dispo, grand sourire à l’appui, j’ai dit à mes amis que j’en avais marre qu’ils me prennent pour la fille gentille qui ne dit jamais rien, j’ai arrêté de vouloir être une fille à papa et une fille à maman aussi. Je suis devenue moi !

Cette nuit j’ai rêvé de ma Millie qui a rejoint le paradis des chats fin février, je prenais un train avec les autres chats et elle restait jouer sur le quai. Je suis triste et elle me manque, c’est un fait. Pour autant, je ne me laisse pas envahir par la tristesse parce que ça ne la fera pas revenir. J’ai accepté que je ne la reverrais plus, c’est quelque chose qui ne changera jamais, je n’y peux absolument rien alors pourquoi me rendre malade ? Si j’ai besoin de pleurer, je le fais, c’est important de faire sortir la peine. Mais juste après je regarde ses photos et je ris en repensant à sa personnalité, à ce qu’elle m’a apporté, à sa gentillesse et ses câlins au lieu de me concentrer sur les pires moments (son agonie, sa mort dans mes bras). Je ne veux plus être une victime, je sais par expérience que ça n’apporte rien de bon, à l’époque où j’étais dépressive, je ne traînais qu’avec des gens qui allaient mal comme moi et qui passaient leur temps dans les bars, le simple fait d’évoquer ces moments me fait de la peine pour cette fille que j’étais avant et en même temps j’ai envie de la prendre dans mes bras et de lui dire « Tu verras, tu vas t’en sortir ». Changer de mentalité, changer sa façon de penser, sa réaction à ce qui nous arrive, c’est la clef. C’est ce qui m’a sauvé et j’ai le sentiment que personne ne le dit. C’est important d’aller voir un psy mais pour certaines personnes, ça ne change rien du tout. Je crois que les solutions sont en nous. On est souvent bien plus forts qu’on ne le croit (mais ça fait peur de se dire qu’on est forts parce qu’après on n’a plus aucune excuse pour ne pas réussir sa vie). Il aura fallu que je fasse une dépression et une tentative de suicide pour comprendre que mon plus gros problème c’était ma façon de réagir aux événements qui m’arrivent. J’ai appris à observer mes réactions, quand je suis en colère, je me demande pourquoi je le suis, quand je suis contrariée, pareil, je m’interroge, je ne me défile plus. Je suis responsable de ma vie, ça ne veut pas dire que tout est de ma faute, ça veut dire que personne d’autre que moi ne peut vivre ma vie et que j’en ai la responsabilité. C’est une fois et ensuite c’est fini. Alors je prends tout ce qu’on me donne, les joies comme les peines, je saurai y faire face. Si je n’ai aucune emprise sur les événements, je les observe et j’apprends, si je peux changer le cours des choses, j’agis (je résume à mort mais c’est l’idée). Toutes ces années, je pleurais dès le réveil, quel gâchis. J’ai retrouvé la personnalité que j’avais enfant : joyeuse, curieuse, très active, pas toujours optimiste mais résolument dans le moment présent.

5 commentaires

  1. Que l’amitié, cette mystérieuse alchimie, si précieuse, véritable rempart contre l’infortune et la solitude, telle une magicienne, t’apporte toujours plus d’optimisme… En ces temps inédits, reste prudente et prends bien soin de toi. Bisous d’Auvergne.

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