L’effet papillon

Je suis hantée par ces images. Michaël Jordan face contre terre, en larmes, dans le vestiaire des Chicago Bulls. C’est la fête des Pères, le sien est mort depuis trois ans, assassiné par des jeunes attirés par la voiture rutilante qu’il lui avait offerte. Il vient de gagner son quatrième titre en championnat mais son père n’est pas là alors il s’effondre. Il ne pleure pas, il sanglote comme un enfant. La symbolique est forte parce que Michaël Jordan c’est le mâle Alpha dans toute sa splendeur, il est grand, il est athlétique, il est beau, il a la gagne, c’est obsessionnel. Personne ne vient le réconforter, surtout pas. Pour se relever, il faut être à terre, c’est un peu la loi universelle, c’est pareil pour tous les humains. Et ce soir-là, Michaël Jordan est plus humain que jamais.

C’est rare dans une vie, ces moments où on s’effondre. La première fois que ça m’est arrivée, c’était après une rupture, LA rupture. C’était l’été, bientôt mon anniversaire, et j’avais envie de crever. Ma famille était partie je ne sais plus où en vacances sans moi, à la Réunion je crois. Ma mère m’avait dit « Tu es sûre que tu ne préfères pas pleurer à la plage sous les cocotiers ? ». J’étais sûre. Je n’avais plus de force, je restais allongée sur le sol à pleurer, je me nourrissais exclusivement de mousse au chocolat et je dormais dans le lit de mes parents pour me réconforter. C’est épuisant, le chagrin. On soupire, on s’endort n’importe où, jamais bien longtemps, on fait des rêves étranges, on pleure. On s’étouffe dans tous les oreillers de la maison, on promène notre visage bouffi d’une pièce à l’autre, on ne se lave même plus, à quoi bon ? C’est long, un deuil. Parfois on croit que c’est bon, on est dans l’acceptation, on peut passer à autre chose, la vie continue. Et en fait, non, pas du tout. On résiste. C’est confortable, le malheur.

Est-ce-que Michaël Jordan se sent coupable de la mort de son père ? Est-ce-que c’est à ça qu’il pense à ce moment-là ? S’il ne lui avait pas offert une si belle voiture, peut-être que les meurtriers n’auraient pas réveillé son père qui dormait dedans sur le bord de la route, peut-être qu’ils ne lui auraient pas tiré deux balles dans le crâne avant de voler la Lexus SC400 rouge. La célébrité a toujours un coût. Ne plus avoir de vie privée. Ne plus être libre parce qu’on doit tout à ses fans. Perdre son père ? Si on avait dit à MJ, tu as le choix entre «être le meilleur basketteur de tous les temps mais on assassinera ton père l’année de tes 30 ans » ou « être un bon basketteur comme tant d’autres mais ton père sera centenaire », quel aurait été son verdict ?

J’ai passé la journée à regarder « The Last dance », le documentaire en plusieurs épisodes sur Michaël Jordan et les Chicago Bulls, j’attends avec impatience la suite et fin dans moins de quarante huit heures. Au-delà de l’histoire qui est fascinante même quand on la connait déjà, je me suis fait la réflexion suivante : Michaël Jordan, c’est l’homme idéal. Beau, déterminé, ambitieux, exigeant mais aussi vulnérable, capable de chialer sa race tout en disant aux journalistes « No ‘crying Jordan’ jokes here, please », le mec a le culot d’être drôle alors qu’il est en train de crever de chagrin. Une copine m’a dit «Mais toi tu sais quel genre de mec tu aimerais rencontrer ? ». Je réfléchis à énormément de choses, pas à ça parce que ce n’est pas ma priorité. Le jour où ça le deviendra, je ferai une liste des qualités que j’admire chez un homme et des défauts que j’accepte de lui concéder. Peut-être que ma réponse tient en un nom : Michaël Jordan.

4 commentaires

  1. Même avec des « Si », je ne suis pas sûr que l’on pourrait refaire le monde, à notre façon, car d’autres « Alors » seraient probablement inédits. Par contre, et c’est évident, nous pourrions découvrir de nouvelles partitions…
    Patience, courage, confiance et prudence donc. Bon dimanche à toi. Bisous amicaux et musicaux d’Auvergne, loin du grand Michaël Jordan !

    J'aime

    • J’aime l’idée que toutes nos actions sont reliées entre elles, même quand on n’en comprend pas encore la signification, les événements les plus douloureux nous poussent à nous dépasser et nous rappellent que rien n’est jamais acquis. Bon dimanche ! Ici c’est grand soleil ☀️

      Aimé par 1 personne

  2. Bon jour,
    Je ne me suis jamais effondré … quoi que, si … une fois, dans un cabinet médical … c’est horrible … incontrôlable … j’avais la vingtaine … on m’annonce un truc très grave … quelques semaines à vivre … tout s’écroule … à partir de ce jour-là j’ai tout perdu …pour l’instant, je suis toujours là … étrangement d’ailleurs … on se reconstruit autrement …
    Selon les deuils, je pense que l’on prend ou pas des directions de vie toutes autres que prévues…
    Max-Louis

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s